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old friendship || amadeus
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Artémis de Sainte-Croix
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Message Posté Lun 25 Nov - 2:21.
old friendship
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informations particulièrement pas importantes
ϟ dénomination courante des participants ▬ Amadeus Debussy & Artémis de Sainte-Croix.
ϟ  étiologie du statut subjectif ▬ Privé.
ϟ  datation approximative du moment exact ▬ 1er Mars 2057.
ϟ  cadran lunaire appréciable ▬ Dix heures du matin.
ϟ  météorologie sorcièrement acceptable ▬ Il fait un magnifique soleil d'hiver.
ϟ  saison saisissante et palpitante ▬ Saison 3.
ϟ  intrigue globalement intriguante ▬  Prélude de la saison 3.
ϟ chatiment divin exigible ▬ Non.  
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Artémis de Sainte-Croix
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Message Posté Mer 27 Nov - 21:48.
Longue histoire que celle du gamin qui attend que le temps passe.

L’injustice était une vieille amie qu’il connaissait depuis qu’il était en âge de comprendre que ce qu’il considérait comme sa famille ne voyait en lui qu’un cafard malséant de faire son nid sous l’âtre de la cheminée. Laissé pour compte, abandonné, malaimé, l’enfant solitaire avait appris à aimer ailleurs. Dans d’autres foyers, sous d’autres cheminées. Il avait connu la douleur incandescente, la souffrance irradiante, l’esprit étriqué dans un carcan inconfortable. Il ne s’était jamais résigné ; il avait simplement accepté. Accepté d’endurer plutôt que de résister, d’idéaliser ; il avait relativisé, rendu les choses optimistes. Il n’avait jamais cessé d’espérer, cependant. Parce que l’espoir lui était une chose fondamentale. Peut-être l’enfant avait-il perdu la naïveté qui charmait, exaspérait naguère ; mais cela, Artémis ne s’en était jamais séparé.

Il l’avait espéré. Certes, pas à toute heure, mais il n’avait pas pu s’en empêcher. Il avait changé ; c’était une évidence. Cela restait cependant immuable, insensible à cette malédiction qui lui labourait l’esprit chaque fois qu’il croisait le regard de quelqu’un, incapable d’empêcher cette pensée, si instinctive, pourtant parfaitement étrangère, l’interogeant sur les intentions de l’autre ; était-il un ennemi de l’artefact ? La peur avait cet effet néfaste de fondre une masse de personnes sans distinction de ce qu’ils pensaient ; résistants ou républicains, devant l’Elite, les voilà simplement réduits à l’état d’inférieurs, tous capables d’être la cible des pouvoirs exorbitants accordés à ceux qui n’étaient d’un côté que par défaut. L’incertitude avait toujours été un fléau pour lui ; il vivait désormais avec cela, tous les jours, incapable de s’y soustraire.

Avec lui, il n’avait pas ce problème. D’autres se chargeaient de prendre sa place.

Il l’avait espéré. Autrement, peut-être, mais il l’avait fait. Egoïstement, il avait espéré. Parce qu’il savait que les choses ne seraient jamais plus les mêmes, qu’il revienne ou non ; qu’ils ne seraient sans doute plus jamais les amis qu’ils avaient été, avant tout ça. Ces amis improbables, qui se détestaient encore l’année passée. Ces amis incongrus, qui se soutenaient en se morigénant sur la volubilité de l’un, et la douceur de l’autre. Enfoncé contre l’accoudoir de l’un de ces canapés recouvert d’une étoffe outrageusement coûteuses, sculptés à tout endroit qui pouvait l’être, Artémis songeait. La Salle commune de leurs appartements était vide, et aucun murmure de filtrait d’aucune pièce alentour ; peut-être parce que l’endroit était bien insonorisé, peut-être parce qu’ils étaient, contrairement à lui, en cours. Pieds nus, assis en tailleurs, il attendait.

Longue histoire que celle du gamin qui attend que le temps passe.

L’ombre grandissait. Il avait espéré ; mais il était une Elite. Il restait une Elite. L’appréhension le disputait à cet espoir naïf qui vacillait mais demeurait, vaillant ; l’appréhension d’avoir suffisamment changé pour lui donner une preuve plus tangible de ce qu’il n’était plus cet ami qu’il avait quitté, quelques mois auparavant, comme cette phrase qu’il avait tracée d’une main fébrile sur la seule et unique lettre qu’il lui avait envoyé, le temps de sa fuite. Artémis avait toujours eu multiples raisons d’en vouloir à Amadeus : leur passé, même accepté, demeurait rude. Un ami d’enfance qu’il avait fait fuir, alors qu’il s’était accommodé de vivre malgré ses sentiments non partagés ; l’embarras, incessant, l’humiliation. Il avait accepté la cruauté d’Amadeus. Et, il devait bien l’admettre, sa culpabilité dans l’affaire la plus récente demeurait limité : comment aurait-il pu savoir ?

Pourtant, chaque fois qu’il ne pouvait empêcher son esprit de décortiquer ce qui l’entourait, il ne parvenait pas à s’empêcher de lui en vouloir. Parce qu’il s’agissait d’une mission, qu’il l’en avait chargé, et qu’il était parti. Parti, les laissant seuls avec une malédiction insupportable. Il les avait abandonnés. Il l’avait abandonné.

Alors, cependant qu’il contemplait l’aiguille des secondes égrener l’immuable, l’inchangé, l’impartial, il appréhendait. Il appréhendait ces retrouvailles qu’il avait pourtant, naïvement, égoïstement, espérées.

Ses épaules se tendirent lorsqu’il entendit le loquet se soulever et la porte glisser silencieusement.

Le garçon avait changé. Amaigri, il avait les joues creusées et ses yeux, enfoncés dans leurs orbites, alourdissait l’expression viscéralement flamboyante de ses prunelles. Il ne tarda pas à les accrocher aux siennes, alors qu’Artémis se levait, soupesant sans ciller ce regard dans lequel il avait été toujours incapable d’y déceler quoi que ce soit. De la haine, de l’amertume, de la joie, de la tristesse ; rien n’était capable de transparaître dans ce regard maîtrisé, noble et digne. A ses côtés, Artémis était un livre ouvert ; du moins l’aurait-il été s’il n’avait pas été en proie à l’incertitude de ses sentiments.

Longtemps, il avait eu peur. Longtemps, il avait été en colère. Longtemps, il avait été dépassé. Apeuré, en colère, dépassé par cette longue histoire du gamin qui attend que le temps passe, mais qui en avait toujours profité. Trop, peut-être. La douleur allait de paire avec cette facilité qu’il avait à vivre dans l’instant présent, et de s’attacher sans prendre en considération les conséquences d’une telle décision. Il s’était attaché à lui. C’était son meilleur ami. Celui pour lequel il s’était inquiété, celui pour lequel il s’était mis en colère devant l’indifférence des autres, quand il disparaissait parce que sa vie était en danger. Il avait eu peur. Peur d’entendre un jour qu’il avait été attrapé, jugé, abattu. Il avait été en colère. En colère d’entendre ce que les autres disaient ; qu’il avait rejoint une quelconque conquête parce qu’il était connu pour être un collectionneur. Il avait été dépassé. Dépassé d’être devenu l’ennemi de son meilleur ami.

Dépassé d’être Artémis, le cafard malséant, le gamin qui attend que le temps passe, l’Elite crainte.

Il s’était levé et avait supporté son regard, sans un mot, sans un signe. Juste, entre chien et loup, il avait contemplé le visage émacié d’Amadeus, l’éclat acéré de ses prunelles, ses lèvres pincées ; il avait deviné l’inconfort qu’il ressentait, la colère qui l’habitait compte tenu de la raison de sa visite. Car l’un comme l’autre savait qu’ils ne se retrouvaient pas dans la même pièce juste pour se tendre la main et se raconter leurs péripéties ; non, il ne s’agissait que d’un prisonnier qui rencontrait son geôlier.

Et pourtant.

    « Tu es en vie. »

Ce fut le soulagement. Ce fut le soulagement qui gagna. Ce fut le soulagement qui suinta de sa voix alors qu’il n’articulait que ces quelques mots qui portaient l’évidence. Il avait eu besoin de le dire, pour rendre la chose réelle, parce que, peut-être, n’y avait-il pas cru jusqu’à ce qu’il se présente. Apprendre qu’il revenait, apprendre qu’il était déclassé pour avoir fui, mais sans autre preuve, impossible de le condamner, apprendre qu’il devait être surveillé, ce n’était pas grand-chose. Juste des mots, volés, envolés, invisibles, incolores, inodores. Il avait observé Evangeline, à cet instant ; il avait vu son expression. Elle y avait cru, dès le premier instant, contrairement à lui. Elle avait souffert, peut-être plus que lui mais certainement à cause de lui ; ses propos durs et incisifs demeuraient gravés dans sa mémoire. Il ne les regrettait pas ; il regrettait simplement d’avoir été obligé de les tenir. Il songea à elle, à ce qu’elle ressentait, ressentirait, subirait. Et il soupira.

Il détourna le regard, observant l’une des peintures accrochées au mur, passa une main dans ses cheveux avant de l’enfoncer, de concert avec l’autre, dans les poches de son uniforme. Il haussa les épaules ; avec sa cravate défaite, pendante sur son torse, et ses pieds nus, il ne faisait pas vraiment bonne figure dans ce décor soigné, étudié, riche et marqué par la noblesse. Il chercha pendant quelques secondes ce qu’il pouvait bien dire, mais il n’en avait pas la moindre idée. Alors, il calibra de nouveau son regard sur celui de son ami et esquissa un sourire désabusé.

    « Vas-y, je t’écoute. Dis-m…oi ce qu…e tu as sur le c…œur. »
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Amadeus Debussy
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Message Posté Mer 27 Nov - 23:32.
Pupilles vissées sur l'horizon, le jeune homme mesura de son regard sombre les bâtisses alentours. Murs érigés comme on porte la tête haute, toitures éventrant le ciel dans une noble désinvolture, arrogance typiquement française. Néanmoins aucun sourire ne vint glisser à sa lippe, mine imperturbable, frémissements indistincts et regard désabusé, Amadeus sentait tout contre son palais le goût amer de la défaite. Beauxbâtons avait changé, troquant ses habits de lumière contre la noirceur des temps nouveaux. « Allez mon garçon. » Il serra la mâchoire, cœur contrit, âme lourde d'amertume, laquelle vint luire jusque dans l'alcôve de ses prunelles brunes. Il plaqua son étui tout contre lui, seul vestige d'une vie passée qui hantait à présent les décombres de son académie. Car Beauxbâtons n'était plus que débris d'espérance et gravats de liberté. Néanmoins trop fier pour écrire sur ses traits l'infortune de ses sentiments, Amadeus reprit sa marche, port de tête altier et regard droit malgré ces doigts blanchis par une poigne courroucée. Bam, bam, bam. Un cœur qui s'emballe. Amadeus déglutit d'une salive pâteuse et rare comme il pointa son regard déterminé droit devant lui, appréhendant les retrouvailles autant que l'exhalaison de ses sentiments. Que lui dira-t-il ? Lui en voudra-t-il ? Bam, bam, bam. Son palpitant vint jouer les tambours troubles d'une anxiété qu'on ne lui connaissait guère, mêlée à cette impatience qu'on ne pouvait lui amputer. Empressé de le revoir pourtant. Lui, son ami, son geôlier. Amadeus se figea soudain à cette idée, stoppant sa marche vers l’échafaud.

Son accompagnateur coula vers lui un regard qui se voulut compatissant. Amadeus réprima une oeillade irritée, lui qui ne désira ni compassion ni apitoiement. Ses mains toujours plaquées contre l'étui de son violon. Toute sa vie tenait dans cet écrin de cuir, seules affaires qu'il put ramener de son épopée ratée, et le jeune homme semblait s'y accrocher avec trop de fougue. « C'était le deal. Le Ministère te relâche à condition que tu acceptes une surveillance permanente. » souffla son chaperon éphémère, voix trop miséricordieuse pour ne pas être raillée par Debussy. Ce dernier leva ses yeux sur l'homme à la démarche pataude, deux billes d'ambre le traversant sans le voir. « Je sais. » finit-il par dire d'une voix sèche, éraillée par une gorge boucanée. « Personne ne fuit Pritchard petit, mais c'était bien tenté. » Et il le nargua d'un rire goguenard bientôt étranglé par une toux grasse. Amadeus néanmoins ne répondit pas, se contenta de froncer légèrement les sourcils. Seul signe évident de son agacement certain.

La porte s'ouvrit sans un grincement mais il frissonna pourtant. La crainte, sans doute, de devoir enterrer là une amitié récente mais non moins précieuse. Artémis se dressa face à lui, attitude étrangement débonnaire. Et cela l'agaça. Une vague courroucée vint naître contre ses flancs, remontant tel un serpent vicieux vers ses entrailles percluses de colère, s'immisçant sournois jusqu'à son palpitant au bord de l'implosion. Le violoniste aurait souhaité gueuler tout son dépit, son ire intarissable et ses craintes également. Mais les parois sèches de son gosier l'en empêchèrent. Derrière lui, le chaperon vint déjà fermer la porte, les laissant là seul à seul.

« Tu es en vie. »

Son regard se plaqua tout contre le sien. Inébranlable. Un soulagement réciproque qu'il eut tant envie de partager. Mais pas ainsi, pas comme ça ni maintenant, alors que Artémis se dressait là comme un geôlier et non comme un ami. Alors Amadeus se contenta d'opiner du chef d'un mouvement si discret qu'il en fut presque indécelable. Non par mépris mais par irrésolution ; il ne parvenait guère à voir en lui un maton indésirable. Pourtant la réalité le percutait de plein fouet, lui qui ne savait qu'être flegmatique. Fermé pour cause de tempête.

« Vas-y, je t’écoute. Dis-m…oi ce qu…e tu as sur le c…œur. »

Bien sûr que l'Hypnos allait l'enjoindre à déverser tout son courroux et l'aider à crever l'abcès. En dépit des pensées radicales de Amadeus, l'ami semblait avoir pris le dessus sur le maton, l'espace de ces quelques minutes. « Ce que je ressens ? » Enfin, il cracha sa bile amère logée contre son palais. Et tandis qu'il avança vers un fauteuil afin de déposer son précieux violon, marqua le temps d'une pause avant de se lancer dans un grand monologue irrité. « Qu'est-ce que tu crois que j'ai sur le cœur, Artémis ? J'ai échoué lamentablement, et j'ai tout perdu ! C'est tout ce qu'il me reste ! » Le jeune Hadès pointa un doigt tremblant de colère vers son violon comme il reprit de plus belle. « Et qu'est-ce que tu fiches ici, pourquoi toi et pas un autre ? C'est pour ça que tu me dis avoir tant changé hein ? Dis-moi ! » Emporté par sa colère et le dépit, Amadeus agrippa Artémis par le col. Geste inespéré qui ne vint trahir que cette peur vorace d'avoir perdu un ami sans jamais pouvoir le récupérer. « T'es à la botte de Pritchard ? C'était ça, tes menaces ? Quand tu me disais de ne pas revenir à Beauxbâtons ? Mais réponds ! » Et d'une voix ébranlée par le doute, condamnée par le chagrin et embaumée de son ire, il ne put dissimuler décemment pas ce qu'il avait sur le cœur. Aussi  déshydraté pouvait-il être.
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Artémis de Sainte-Croix
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Message Posté Ven 6 Déc - 2:11.
La colère. L’amertume. Des sentiments familiers, partagés. Il parlait avec cette fougue, presque déplacée de se croire unique, qui lui était coutumière, un élan de colère aussi prévisible qu’il l’avait prémédité. L’époque où il avait ployé l’échine sous les braises incandescente de ces prunelles glaciaires avait la saveur du souvenir, mais à cet instant, elle paraissait presque irréelle quand, au travers d’une stature raide et infaillible, Artémis soutenait le regard de son ami braqué sur son visage marqué par la préoccupation et le manque de sommeil.

Il l’écouta exhumer ce qu’il n’avait pu dire à personne ; ses échecs, son impuissance, ses doutes, ses craintes. Il l’écouta, plus encore qu’un autre, plus encore que quiconque alors qu’il comprenait chaque intonation, chaque accent fléchissant dans sa voix alors qu’il déversait sa rancune, son ressentiment avec l’empressement de l’homme condamné. Il voulait des réponses ; bien sûr qu’il voulait des réponses. Le monde avait cessé de tourner rond, et s’il ne voulait pas encore le croire, c’était uniquement parce qu’il se raccrochait à l’espoir que l’Hypnos qu’il étranglait à moitié, comme s’accrochant à une réalité fuyante, lui dirait que non, tout n’avait pas changé, que si le monde avait dévié de sa trajectoire, il accomplissait toujours le même rituel millénaire.

J’ai tout perdu, Artémis ! Sa famille. Sa mère. Sa réputation. Sa liberté. Et même lui. Même lui, son ami qu’il avait laissé derrière lui en s’exilant, le laissant seul à la tête d’un Cercle sur le déclin, au beau milieu d’une quête qu’il l’avait chargé de mener à bien, parce qu’il n’avait pas le choix ; parce qu’il estimait ne pas avoir le choix. Cela s’était résumé juste à cela : il n’avait pas le choix, s’il voulait sauver sa peau, que l’exil, la fuite vers l’étranger car taxé d’être un résistant, d’être le fils d’une résistante, il lui fallait trouver refuge là où les baguettes pointaient ailleurs. Il avait oublié que ce n’étaient que des doutes. Il avait oublié qu’il n’avait rien à se reprocher, jusqu’à preuve du contraire. Il avait oublié ; il avait oublié tout le reste. Dont lui.

Il avait toujours eu le choix, et il en avait fait un : il avait choisi de le sacrifier lui, plutôt que sa liberté.

Artémis avait espéré. Il avait espéré le voir revenir, il avait espéré pouvoir affirmé, de ses prunelles, qu’il était effectivement en vie et, a minima, hors de danger. Même s’il était devenu son ennemi, même s’il aurait préféré qu’il reste loin de lui, loin d’eux, loin d’elle, pour sa propre protection, il avait espéré. Egoïstement espéré. Et, oui, il était soulagé. Cependant, rien ne parvenait pas à effacer cela : Amadeus l’avait sacrifié, lui avait préféré sa liberté. Alors, quand l’Hadès trahissait ce doute dévorant, quand l’Hadès l’incluait dans ses pertes et fracas, il se disait qu’il aurait probablement dû le rassurer, lui affirmer le contraire ; que non, il ne l’avait pas perdu, qu’il restait là, qu’il restait son ami.

Les mots ne restèrent pas bloqués dans sa gorge, simplement parce qu’il n’avait aucune intention de les prononcer.

La colère. L’amertume. Des sentiments familiers, partagés. Sans brusquerie, Artémis se dégagea de la prise son ami sur son col et recula d’un pas, passa une main sur son visage légèrement terni par les insomnies répétitives et le tourment. Il sentait sous ses doigts l’aplat de ses cernes violets, qu’il ne prenait pas la peine de masquer. Pour un Hypnos, l’ironie était bien cruelle.

    « Je me suis p…orté volontaire », finit-il par avouer au bout de quelques secondes de silence. « Je me suis dit que tu p…réfèrerais. Que ce serait moins formel. Ou… je ne sais p…as. »

La décision lui était apparue judicieuse, à l’instant où il l’avait prise. Instinctive, et normale. Il était normal que ce soit lui, normal qu’il se charge de la surveillance de son ami. Il avait réellement pensé que les choses paraîtraient moins crues s’il s’était agi de lui, tout simplement. Maintenant, la chose lui paraissait moins évidente, alors que confronté à Amadeus, il faisait cette triste constatation : ça n’était ni plus, ni moins qu’une façade en plâtre qui s’effritait à chaque seconde passante. Il était là, enveloppé dans sa grandiloquence et dans hargne, invoquant l’injustice et l’impuissance comme fardeau, cherchant un exutoire à sa peine considérée comme légitime, que personne ne saurait rendre plus juste ; et lui, son ami, se tenait devant lui, distant et silencieux, sa rancœur muselée lui dévorant l’estomac. Artémis avait toujours vécu au second plan, dans l’ombre, le garçon timide et peu bavard qui avait cette étrange lubie de dessiner, sur un coup de tête, une personne prise au hasard, adorable et souriant, qui pansait ses plaies seul et menait bravement son petit bout de chemin. Artémis avait toujours vécu au second plan, parce qu’il n’avait jamais eu le panache suffisant pour décrocher un rôle-titre, préférant arranger costumes et maquillage et rassurer le tract permanent du devant de la scène.

Les acteurs ignoraient tout de leurs petites mains ; aussi ne pouvaient-ils pas prétendre les connaître. Alors qu’Amadeus prêchait l’injustice de sa condition, Artémis sentait refluer toute sa rancœur : l’Hadès ne s’était même pas arrêté sur lui, continuant de se plaindre de sa propre condition. Et à cet instant, ses petites mains, ce garçon qui était devenu son ami comme par un miracle à peine entrevu, n’avaient plus la patience de l’écouter se plaindre et de prendre pour petite monnaie ses propres soucis pour le confort de l’autre.

    « Je t’interdis de me juger, Amadeus. J’ai essayé. J’ai fait ce qu…e j’ai p…u, mais t’es p…arti. Tu as choisi de p…artir, et de me laisser en plan. Enc…ore une fois. J’ai tout p…erdu, moi aussi. Ma liberté, comme toi. Ma rép…utation, comme toi. » Il marqua une pause. Ses grands yeux clairs fixaient l’Hadès, sans ciller ; mais l’éclat qui y étincelait était aussi acéré qu’il était douloureux. « Mon meilleur ami, comme toi. »

Il laissa ses mots en suspens, pencha la tête et caressa l’arête de son nez, un geste qu’il faisait chaque fois qu’il se montrait vulnérable ou fébrile. La situation était inconfortable ; ses sentiments étaient inconfortables. Amadeus était son ami ; son meilleur ami. La douleur était cependant plus forte que ce qu’il pouvait concevoir d’amitié pour l’Hadès, et chaque fois qu’il repensait à la dernière fois qu’il l’avait vu, juste avant qu’il ne lui lègue tout ce qu’il avait, confiant en ce qu’il serait toujours le même à son retour, lui filtrait un poison plus corrosif que les mots qu’a jamais pu tenir à son égard sa grand-mère. Avec le recul que lui donnait sa position et son esprit désinhibé, Artémis voyait Amadeus ne doutant pas de sa loyauté, de sa fidélité, ne doutant pas de ce qu’il serait toujours là, à son retour. Et si cela passait pour de la confiance auparavant, cette assurance prenait une toute autre allure ; et alors qu’Amadeus ne prenait pas garde à lui et étalait sa propre souffrance, Artémis ne pouvait pas s’empêcher de penser qu’au fond, ç’avait toujours été ça.

Pourtant, il voulait combattre cette certitude.

Artémis se passa une main lasse dans les cheveux. Il n’avait jamais aimé se faire plaindre et ne commencerait sans doute pas aujourd’hui.

    « Je suis à la botte de P…ritchard, oui. Regarde autour de toi. Tu c…rois qu’on m’aurait offert ça, juste p…arce que je parviens enfin à générer un patronus ? » Le sarcasme lui seyait très mal, aussi l’abandonna-t-il, le trouvant toujours aussi faux sous sa langue. Ce n’était pas lui ; et voilà qui le rassurait un peu. Au moins, ça, ça n’avait pas changé. « Le p…lus drôle, c’est que ma grand-mère me rend visite toutes les semaines, maintenant. »

Songeur, Artémis fit glisser son doigt le long de l’âtre de la cheminée en marbre surmontée d’un immense miroir cadré d’or. Il était un véritable héritier de Sainte-Croix depuis qu’il était une Elite, la si réputée et crainte Elite de Beauxbâtons, les plus zélés serviteurs de Pritchard en France. Cette reconnaissance, dont il avait été privé depuis sa naissance, était une nouvelle source de dégoût envers ce qu’il était devenu. Et cela aussi relevait de la culpabilité qu’Artémis imputait à Amadeus.

    « Je t’en veux, tu sais. C’est ta faute. C’est toi qui m’a, qui nous a, poussé dans cette mission, parce que tu devais prendre la poudre d’escampette pour aller je ne sais où. Tu m’as abandonné, Amadeus. Si tu ne peux plus me faire confiance, c’est ta faute. Et si j’étais à ta place, oui, je ne me ferais effectivement pas confiance. Je ne te demande pas de me comprendre, ou que sais-je, je ne demande pas ta pitié et je ne cherche certainement pas à apaiser ta souffrance, comme je l'ai fait si souvent auparavant. T'as juste des responsabilités à prendre, et envers moi, cette fois. »

Et sa tirade ne souffrait aucune anicroche.
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